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Interview Paul Dugdale, Réalisateur du LIVE2012

Le réalisateur Paul Dugdale parle du "Live 2012" de Coldplay

Voyageant à travers le monde avec leur immensément populaire cinquième album, Mylo Xyloto, Coldplay a sorti un très attendu nouveau film live cette semaine, Live 2012, marquant ainsi leur premier album live complet/film live depuis presque une décennie.

De loin l'un de mes films live préférés de tous les temps, Live 2012 est réalisé par Paul Dugdale, dont l'impressionnante longue liste de génériques présente quelques uns des plus grands noms de l'industrie, incluant (mais ne se limitant pas à) Adele, The Killers, Rihanna, The Prodigy, David Guetta, Jessie J, Lostprophets, The Kooks, Labrinth, Calvin Harris, Skrillex, et plus récemment Emeli Sandé – une image de grandiosité est clairement en train de naître.

Alors que j'étais occupé dans la salle de montage, ayant tout juste filmé la performance d'Emeli Sandé la semaine dernière au Royal Albert Hall de Londres, j'ai eu l'opportunité de parler à Dugdale de son travail avec Coldplay sur le Live 2012, à la suite de sa sortie en cinéma à travers le monde la semaine dernière.

Le film est beaucoup plus qu'un film concert normal, gagnant cette sortie cinéma à la pelle, avec de fantastiques interludes documentaires mélangées à la setlist live, je ne pourrais pas le recommander assez, que vous soyez fan du groupe ou non.

Comment en êtes-vous arrivé à être impliqué dans le film?
Je travaille avec JA Digital, la compagnie de production qui a fait le film, et nous avions fait un projet pour David Guetta au nouvel an sur la plage de Copacabana à Rio, et c'était génial d'y être! Je ne pense pas qu'ils sachent encore ce qu'ils vont en faire. Donc j'ai travaillé avec eux ici, et Julie [Jakobek], qui était cadre sur ce projet, est en quelques sortes une vieille amie. Nous avons travaillé ensemble lorsque j'étais cameraman il y a des années en arrière, et c'est à ce moment-là que nous nous sommes connus.

A partir de là, toute la créativité, et quelques-unes des choses plus expérimentales étaient présentes, ainsi que ce qui fonctionnerait bien pour Coldplay selon nous, puis nous nous sommes présentés lors de différentes rencontres et lors d'étranges backstages de relais télévision. Je pense que la première fois que je les ai rencontré, ils étaient dans une loge, et Chris mangeait son repas et se faisait couper les cheveux en même temps. C'était une rencontre assez marrante, bizarre, quelque peu embarrassante, mais qui s'est bien passée. Et le reste c'est du passé.

Je leur ai parlé de ça, et ils ont vu un mix de ce que j'avais déjà fait. Phil Harvey a beaucoup aimé ce que j'ai fait avec The Prodigy, qui est un DVD nommé World's On Fire, que j'ai fait un ou deux ans auparavant. L'idée de ce film était de réellement retransmettre ce qu'est d'être dans la foule d'un concert de Prodigy, ce qui est très mouvementé et intense, et c'est ça qu'ils voulaient vraiment atteindre dans ce film, donc c'était un grand plaisir d'y parvenir.

Coldplay sont assez connus pour éviter les médias, et ne pas donner beaucoup d'interviews. Est-ce que la partie documentaire du Live 2012 a toujours fait partie du film?
Oui, toujours. Depuis le début, je pense lorsque ça nous est parvenu, ce n'était pas nécessairement une grosse partie. L'un de mes angles d'attaque était d'en faire un film convenable, comme une sorte de mini film musical. Ce n'est pas tant que ça un documentaire, c'est plus un film concert avec des éléments documentaires, plutôt que d'être un long documentaire vraiment complet. C'est un film concert avec des éléments documentaires; ce sont des interludes qui ponctuent. J'étais très désireux de faire ça simplement pour élever le film, en lui-même. Parce que je pense que beaucoup de films concert, si ce n'est que du pur concert, c'est parfois assez difficile de s'y connecter en tant que téléspectateur, particulièrement lorsque vous n'êtes pas fan.

C'était aussi vraiment une opportunité géniale de s'introduire dans leur psychisme et d'apprendre de quoi ils dépendent et comment ils ressentent. C'était important pour nous, l'un des premiers points d'attaque était de ne pas faire d'interviews filmées, et de têtes parlantes. Nous voulions les désarmer et les faire se sentir aussi à l'aise que possible et ainsi nous pouvions simplement discuter, et c'est dans cet état d'esprit que ce sont faites les interviews. Nous nous sommes simplement assis dans un canapé et nous avons discuté un moment, et parlé de questions. Avec un peu de chance, après cet initial « Je vais allumer l'enregistreur maintenant », ils oublient, dans une certaine mesure, que c'est en train de se passer, et ça devient quelque chose de beaucoup moins formel. Donc avec un peu de chance vous obtenez, comme résultat, plus quelque chose qui ressemble à une interview intimiste.

Le show commence avec Mylo Xyloto et vous finissez, pour le générique de fin, avec Up With The Birds. Est-ce que ce fut toujours l'idée, de commencer et finir de la même façon dont commence et se termine l'album?
Nous étions menés par la setlist, en ce qui concerne la place de Mylo Xyloto, et Chris voulait vraiment que Mylo Xyloto soit la première chose que l'on voit. Donc il n'y a pas de gros générique de lancement, c'était simplement amené par ce fait et par la setilst. Et Up With The Birds fonctionnait vraiment bien. Une partie vient du fait que j'adore la manière dont elle sonne, et puis ça paraissait juste d'avoir ça ici. C'est comme un câlin à la fin, une chanson vraiment charmante et un agréable sentiment. Pour moi ça collait parfaitement avec les visuels; nous voulions quelque chose de chaleureux à la fin pour vous donner une petite tape d'au revoir.

D'où vient la scène post-générique, dans laquelle Chris parle de Chocolate Milk Buttons (biscuits au chocolat)?
Nous avons fait les interviews partout dans le monde. Certaines se sont faites à Londres, nous en avons fait d'autres à Chicago, et d'autres à la Bakery, leur QG à Londres. Nous étions assis là, et il avait quelques Buttons, puis une fois l'interview finie, et il en a pris un. Il n'y avait pas de méthode pour ce passage, ça s'est juste passé.

Je pense que pas mal de gens ont une idée préconçue de Coldplay, ils pensent qu'ils sont vraiment très sérieux, et qu'ils prennent tout trop sérieusement. Il y a de nettes idées préconçues à propos de ce groupe, et j'étais vraiment motivé dès le début – j'adore ces choses dans lesquelles les gens cachent des éléments, un truc caché dans les DVD, je trouve que c'est un instant très sympa, et j'ai toujours voulu avoir un moment à la fin qui te fait sortir du cinéma le sourire aux lèvres. Et qui ferait aussi réagir les gens. C'est très léger, et juste pour le plaisir.

On peut trouver The Scientist et Don't Let It Break Your Heart en tant que bonus sur le DVD ainsi que le Blu-Ray. Pourquoi ont-elles été gardées pour les bonus plutôt que la prestation elle-même?
Quand j'ai fait le montage, l'idée était de toujours avoir ces cinq sections de film, les petites parties de documentaire dispersées dans l'ensemble. Nous voulions qu'elles apparaissent vraiment équitablement, nous avons donc essayé plusieurs arrangements pour trouver le bon enchaînement, vous êtes ainsi pris dans des sortes de montagnes russes, dans le sens où le rythme des chansons est différent, nous avons alors assembler des moments lents suivis de chansons lentes et des moments rapides suivis par des chansons rapides. Ce dont ils parlent colle avec la chanson qui vient après.

Ils ne voulaient pas en faire un film trop long. Je pense qu'ils voulaient que ce soit énergique et concis, et que ça ne dépasse pas le 90 minutes. Je pense donc que ça vient de là, vraiment. Faire de l'ensemble du DVD un moment percutant. Et nous voulions inclure ces chansons, car elles sont de grands moments, et de grandes morceaux. Don’t Let It Break Your Heart, particulièrement, est pleine de couleur et de vie, et The Scientist c'est pareil. Elle commence avec un plan unique sur 2 minutes, que nous aimions et avions pré-planifié, la caméra se rapprocherait et tournerait autour du piano à plusieurs reprises. Elles étaient présentes dans le premier montage et nous l'avons regardé plusieurs fois, puis nous nous sommes assis avec Phil et avons enfin décidé de les retirer et de voir si c'était mieux comme ça, si ça retient votre niveau essentiel d'attention. Et c'était le cas. Alors nous les avons tout de même incluses, mais seulement sur le DVD.

Il y a une superbe prise à la fin de Don’t Let It Break Your Heart. Ils ont inclus des objets gonflables dans leur show et nous les avions demandé, d'énormes formes de larmes, de papillons, de flammes de huit-pied, et l'une d'entre elles était le cœur. Nous avions demandé à ce qu'ils soient placés d'une certaine façon dans le stade, puis à la fin, la caméra s'éloigne de la scène et se dirige vers le cœur, alors que l'audio du morceau est un battement de cœur, on voit le cœur. J'adore ça et j'aime vraiment ce moment. Avec The Scientist, c'est cette intimité qui vient du fait que soudainement ce soit seulement Chris, le spectateur et la caméra, et il n'y pas de coupe et pas de tour sophistiqué, ni rien d'autre. J'adore ce moment. La plupart des chansons ont quelque chose, elles ont ça, « C'est celle où il s'est passé ça », et je trouve ça très excitant. Chacune a son moment et c'est une chose excitante, en soi-même.

Vous avez travaillé avec des artistes solos comme Adèle, et la semaine dernière vous tourniez une vidéo avec Emeli Sandé. Comment approchez-vous chaque artiste ? Est-ce différent de travailler avec un groupe plutôt que de travailler avec un artiste solo ?
On commence chaque projet avec la musique. Vous avez un objectif commun dans le sens où vous voulez juste traduire le spectacle et la musique et vous savez qu’un certain volume de la vidéo est réalisé avec les fans en tête, vous savez ce qu’ils aiment, ce qu’ils veulent voir et les moments qu’ils apprécient. Nous avons quelques caméras tournées vers le public pendant les concerts pour capturer cela. Voir toute cette émotion sur les visages des gens, en étant simplement assis à les regarder, vous pouvez voir le visage des personnes s’éclairer à certains moment et s’exciter et se lever et applaudir. Nous mettons donc tout en œuvre pour chaque artiste.

J’ai fait le DVD de Prodigy et le DVD suivant que j’ai fait était avec Adèle, et il est quasiment impossible d’aller autant dans les extrêmes. Mais les deux avaient le même but : montrer simplement le concert et donner une représentation aussi précise que possible de ce que ça fait d’y être. Quand le public de Prodigy se battait dans la fosse et cassait les caméras, les brisait et les rendait toutes collantes, c’est ce que nous devions capturer du concert. De la même manière, le DVD d’Adèle consistait à voir le public ressentir sa musique, se sentir concerné par ses paroles, le voir sur leurs visages et voir le public pleurer. Et Adèle avait elle-même quelques larmes qui coulaient, ce qui était incroyable à filmer. Tout ça prend sens avec une bande sonore qui est adaptée à ces images.

Vous avez beaucoup travaillé avec de la musique live. Vous n’avez pas envie de faire quelque chose de préparé à l’avance ?
J’ai fait beaucoup de clips musicaux, qui sont évidemment très préparés et écrits. La musique live est un drôle de spécimen, car si vous faites une vraie émission télé, vous pouvez préparer la musique et vous savez ce qui va arriver sur la scène, peut être une chorégraphie ou une partie musicale que vous devez ponctuer de coupures. Si vous savez que ça va arriver, la préparation à l’avance est évidemment la meilleure manière de procéder, car vous ne pouvez généralement pas faire de montage dans ce genre de cas, et si vous savez ce qui va arriver, c’est parfait.

Avec la musique live, vous ne pouvez jamais prédire ce qui va arriver. Les personnes sur scène vont juste faire des trucs, selon l’envie du moment, sauf s’il y a une vraie routine stricte et que c’est la même chose soir après soir. Je prépare souvent de courtes séquences que nous avons envie d’avoir, on filme ceci et cela, ou des séquences de tournage qui se suivent et nous savons, pour ce moment-là de la chanson, ce que nous allons faire car ça va être incroyable. Nous allons évidemment capturer ce moment là.

J’ai fait quelque chose avec Justin Bieber, qui aurait probablement pu être préparé, à un moment où il dansait. Avec assez de préparation, vous pouvez tout écrire à l’avance. Mais j’aime assez la spontanéité de la chose. En raison de la nature de mes montages, et de la manière dont nous construisons nos concerts, beaucoup de choses se passent lors du montage, et ça fonctionne aussi. En ce moment, c’est bien de ne pas être trop rigide. Mais à l’avenir, je ferai ça. Je suis sûr qu’il y aura une occasion de le faire. J’ai travaillé avec de nombreux réalisateurs par le passé, avant d’en être un moi-même, qui faisaient ça et c’est fantastique car on a un tel contrôle. Mais comme faire un montage est un vrai luxe, nous pouvons préparer par nous même après. Et il s’agit surtout d’obtenir ces moments spéciaux, les choses qu’on ne veut pas rater. Il est donc important qu’ils soient planifiés et d’avoir une idée de comment on va le faire avant de le faire.

Vous êtes actuellement en postproduction sur le DVD d’Emeli Sandé au Royal Albert Hall. Que pouvons-nous en attendre ? Va-t-il y avoir des morceaux de documentaire ?
Ce film sera plutôt de l’ordre du film-concert. Mais ce qui est sympa, et c’est pareil avec Adèle, c’est que visuellement, il s’agit vraiment d’un spectacle direct. Avec Coldplay, nous avions beaucoup d’effets, des graphiques superposés, on les a faits gribouiller et écrire les paroles. Là c’est beaucoup plus direct et très beau. C’est certainement très différent, nous avons éclairé le Royal Albert Hall d’une manière légèrement différente et avions mis des DEL dans chaque box, comme si la scène s’étendant dans la zone du public. Ça donne vraiment l’impression que le public et la scène ne font qu’un, ce qui est quelque chose que nous avons aussi essayé de faire avec le film de Coldplay. On en est encore au début, nous n’avons commencé le montage que depuis quatre jours, mais ça a l’air sympa.

J’ai remarqué sur votre site que vous aviez mis la couverture du livre Famille de génies, qui a donné La Famille Tenenbaum de Wes Anderson. Êtes-vous un grand fan de Wes Anderson ?
J’aime les films de Wes Anderson et la Famille Tenenbaum en fait partie. De nombreux films de Wes Anderson sont semblables à celui-là, et il est le roi d’une bande son incroyable. Ce n’est pas seulement une bonne bande son, mais les chansons semblent parfaites pour ce qu’on voit à l’écran. Et c’est mon travail, essayer de trouver des images pour la musique et le sien consiste sûrement à trouver la bonne musique pour les images. Je suis donc un grand fan de cela, et un grand fan de ce film. Pas seulement pour cette raison, j’aime l’histoire, les sentiments et les personnages.

La tentative de suicide avec Elliott Smith et le moment où Gwyneth Paltrow s’éloigne de l’entraîneur et se retourne, c’est incroyable, avec Nico. Ça donne des frissons et c’est très stimulant pour moi.

Dans l’une des séquences, Chris dit avoir beaucoup d’idées pour faire avancer le spectacle, et en faire une expérience encore meilleure. Êtes-vous autorisé à en parler ?
Il a été très ouvert avec nous à ce sujet et sur ses idées. Et pas seulement concernant le show, mais aussi musicalement, ce qu’ils voulaient faire. Je ne pense pas que ce soit vraiment mon rôle de révéler tous les secrets de Coldplay pour l’avenir ! Mais ça sera très excitant. Ça a l’air d’être une voie intéressante à suivre.

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